Osons parler de démographie
Osons parler de démographie
« Sur la plage, j'ai vu passer davantage de chiens que d'enfants ».
Cette remarque d'un ami au retour de ses vacances sur la Côte d'Azur m'a plongé dans un abîme de réflexions. Et les statistiques confortent encore mon interrogation. Pour remplacer les « partis » de notre monde par ceux qui y arrivent, il faut un taux de fécondité de 2,1 enfants par femme. Actuellement en Suisse ce taux est de 1,28, le plus bas jamais enregistré. Autrement dit, sans un grand apport extérieur par la migration, notre population va inexorablement diminuer.
Je devine aussitôt la chorale des « experts éclairés ». Quoi ! Un prêtre célibataire par obligation et sans enfants jusqu'à preuve du contraire se permet de gloser sur l'avenir démographique de notre peuple. Va-t-il nous faire le coup de la morale, une fois de plus ?
Pardon ! Je suis d'abord un humain, citoyen comme les autres, et je m'autorise donc à vous proposer ces quatre réflexions que je soumets humblement à votre sagacité critique.
Malgré la grande facilité et l'intense publicité pour les moyens modernes de contraception, il y eut12045 avortements pratiqués en Suisse en 2023, un chiffre en croissance par rapport aux années précédentes. Je sais que l'interruption volontaire de grossesse est souvent décidée et pratiquée dans un contexte de souffrance, voire de solitude. Cependant on ne peut ignorer que l'IVG s'est aussi banalisée comme ultime moyen de contraception quand celle-ci a échoué. Ose-t-on encore rappeler, avec l'Eglise catholique et récemment encore avec le pape Léon XIV, que la vie humaine mérite d'être respectée depuis sa conception jusqu'à sa fin naturelle ? Une manière de réaffirmer la dignité intangible de toute personne humaine, y compris en sa mystérieuse gestation, ce qui a peut-être aussi quelque chose à voir avec les politiques démographiques. Sans rien enlever à l'obligation morale de pratiquer une parentalité réfléchie et responsable !
Les sociologues nous le rappellent : une société qui veut exister et prospérer dans l'harmonie doit reposer sur un équilibre entre les classes d'âge. Chez nous actuellement, la proportion des seniors (plus de 65 ans) est de 21% tandis que celle des moins de 15 ans est de 15%. Nous voulons tous conserver une civilisation du dialogue entre les générations, ainsi que la solidarité économique entre les actifs et les retraités. L'allongement de la durée de la vie humaine est une bénédiction à saluer. Mais pour que nos aînés ne soient jamais « de trop », il faut que les jeunes soient assez nombreux pour être spontanément et globalement solidaires et même généreux à leur égard.
L'économie en rajoute un couplet. Actuellement, la main d'oeuvre qualifiée manque déjà dans certains pans de notre économie. Les prévisionnistes s'alarment. Même si l'IA va apporter de nouvelles solutions pour régler ce problème, il est clair que les besoins accumulés vont exiger la venue de main d'oeuvre supplémentaire par les canaux de la migration. Celles et ceux qui agitent l'épouvantail de la surpopulation étrangère feraient bien de regarder un peu plus loin que le nez de leur obsession. Et tous devraient plutôt pousser à la roue d'une généreuse politique familiale, qui encourage la venue de nouveaux enfants dans des conditions d'accueil et d'éducation toujours meilleures.
Au delà des statistiques et des graphiques chiffrés, se pose finalement la question existentielle de la personne humaine, en son identité et en sa vocation. Dans la tradition biblique, l'auteur du psaume 8 osait déjà les mêmes interrogations, y compris en les adressant à Dieu. . « Qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui , le fis d'un homme, que tu en prennes souci. ? Tu l'a voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur. Tu as mis toute chose à ses pieds ». Y aurait-il donc une démographie « théologique » ? La révélation chrétienne le rappelle, à temps et souvent à contre-temps. Le mystère de la personne humaine trouve sa source dans la création de son être par un dessein du Dieu-Amour. La fraternité universelle du Christ l'enveloppe de sa tendresse, jusqu'au salut personnel et communautaire. L'Esprit Saint l'habite pour l'inspirer et la guider sur les sentiers escarpés de son existence, en route vers le Royaume de Dieu. Avec l'Eglise pèlerine, sur les plages de son destin, tout Homme peut avancer, même en boitant, au rythme de Pâques.
Claude Ducarroz Article par sur le site cath.ch le 28 octobre 2026
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