Difficile, mais nécessaire cohérence
Difficile, mais nécessaire cohérence
Mes lectures d’été furent très « catholiques ». J’ai parcouru attentivement les derniers messages de notre pape Léon XIV, à savoir l’Exhortation apostolique Dilexi te (4 octobre 2025) et l’Encyclique Magnifica Humanitas (15 mai 2026). Etait-ce un effet de la canicule ? J’ai été spécialement attentif à un thème assez délicat dans notre actualité: comment envisager les relations hommes-femmes dans la société ? Et accessoirement dans l’Eglise !
Je n’ai pas été déçu. Il suffit de citer ces deux affirmations très claires et très courageuses. « Bien que des changements importants soient observés dans certains pays, l’organisation des sociétés dans le monde entier est loin de refléter clairement le fait que les femmes ont exactement la même dignité et les mêmes droits que les hommes.» (Cf. Dilexi te no 12). Et l’Encyclique Magnifica Humanitas en rajoute une couche (no 57): « Il ne suffit pas d’affirmer en paroles qu’homme et femme ont la même dignité et les mêmes droits. Il faut que cela se traduise par des choix concrets, dans des lois (…), dans la manière dont la société écoute et valorise la contribution des femmes. »
Très bien. Mais une telle médaille a aussi un revers incontournable. Cette Eglise si prompte à distribuer des conseils prophétiques à notre société, comment met-elle en pratique ces mêmes exigences en son propre sein ? Un tel questionnement ne reflète aucune malveillance sournoise. Il y va seulement de la cohérence entre ce que l’on dit (aux autres) et ce que l’on fait (chez soi). En Eglise !
Il faut le reconnaître, notre Eglise est l’héritière d’une longue tradition de patriarcat qui a imprégné en profondeur -avec quelques éclairs d’exceptions- sa vénérable histoire multiséculaire. Cette hagiographie s’est même enrobée souvent d’un cléricalisme dont le pape François a pu dire qu’il était « une perversion de l’Eglise » parce qu’il « annule la personnalité des chrétiens et tend à diminuer et à sous-estimer la grâce baptismale que l’Esprit-Saint a placée dans le cœur de notre peuple » (19 mars 2016). On comprend dès lors pourquoi le pape François a ouvert les vannes de la synodalité pour favoriser une véritable conversion dans le fonctionnement de notre Eglise.
Encore faut-il préciser quelque motivation. Le concile Vatican II a insisté pour que notre Eglise soit attentive aux signes des temps (Gaudium et Spes nos 4 et 11), parmi lesquels la promotion de l’égalité hommes-femmes, non sans rappeler que toute discrimination fondée sur le sexe doit être éliminée comme contraire au dessein de Dieu. (ibidem no 29). Certes, dans l’Eglise, il ne s’agit nullement de courir derrière « l’esprit du temps - Zeitgeist ». D’ailleurs certaines formes de féminisme sont aussi très contestables. Il s’agit plutôt d’une meilleure fidélité à l’esprit de l’Evangile.
Quand on accueille les biens du Royaume promis par Jésus, tout est grâce. Or c’est précisément à cause de cette gratuité essentielle que ces biens sont disponibles pour tous, sans aucune discrimination possible, et surtout pas celle qui se baserait sur la différence de genre. Saint Paul lui-même l’a clairement rappelé quand il écrit à des Galates qui cherchaient à établir des catégories entre les chrétiens : « Vous tous, en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme, car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ». (Gal 3,25-28).
Dès lors comment justifier encore que les chrétiennes, simplement parce qu’elles sont des êtres humains autres que les autres hommes (mâles), soient de fait interdites d’exercer certains ministères et services dans notre Eglise ? Ne sommes-nous pas une communauté de baptisés qui constituent une belle fraternité d’hommes et de femmes ensemble, tous à égalité de miséricorde sous la tendresse du Père et dans l’Esprit de Jésus ?
Je le dis comme je le pense. Un jour -à Vatican III ou IV ou V-, notre Eglise présentera des excuses aux femmes chrétiennes pour les avoir privées si longtemps de biens du Royaume auxquels elles devaient avoir accès, par grâce, tout comme leurs frères-hommes.
En attendant de nouvelles conversions post-synodales, saluons les progrès déjà accomplis, y compris au Vatican, et aussi grâce à nos évêques. Ils font ce qu’ils peuvent, à doses homéopathiques, en veillant à préserver le cadeau précieux de la communion universelle catholique.
Dans la patience de l’espérance et de la prière, comment ne pas souhaiter de nouveaux progrès ? Certes en garantissant un discernement prudent des personnalités et des charismes, en assurant une formation très sérieuse, en culminant dans des envois en mission communautaire par des liturgies adaptées.
Et surtout sachons rendre grâces pour l’investissement admirable de tant de femmes dans nos communautés et mouvements. Elles constituent souvent la part la plus dynamique et la plus généreuse des engagements qui font vivre notre Eglise et en manifestent le rayonnement dans notre monde.
Avec la grâce Dieu, évidemment !
Claude Ducarroz
A paru sur le site cath.ch le 2 septembre 2026
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