Par le trou de la serrure
Par le trou de la serrure
L’affaire Epstein. J’avais décidé de ne plus en discuter,
tant ces scandales n’ont que trop pollué l’atmosphère sociétale et médiatique,
comme une marée noire à l’assaut de notre civilisation.
Cependant, il me semble qu’il est utile de revenir à la
charge. En guignant par le trou de la serrure Epstein, une certaine analyse de
notre monde ambiant ne peut que pousser à une salutaire réflexion et conduire à
une pratique mieux ajustée.
L’alliance du pouvoir, de l’argent et du sexe, quand elle produit
un brouet de perversités, présente nécessairement un menu toxique dont les
personnes les plus vulnérables font évidemment les frais. Une fois exhibé le
chapelet des horreurs et proclamée la liste des accusations, comment réagir, en
humain chrétien, devant un tel étalage de stupres ?
On peut d’abord se réfugier sur une île de solitude bien-pensante
au milieu de la mer des tempêtes immorales. Après tout, nous n’avons rien à
voir avec ces milieux de toutes les folies. D’ailleurs ne sommes-nous pas à
l’abri de ces dérives criminelles, nous qui menons des existences simples et
bien rangées ? Qu’ils aillent au diable, ces gens qui lui appartiennent
déjà ! Nous vivons sur la même planète, mais nous ne sommes pas du même
monde. Heureusement !
Et puis murmure une autre voix. Dans l’Eglise aussi, comme
on le sait mieux maintenant, le pouvoir a parfois suscité des abus, l’argent sale
a provoqué des scandales et le sexe corrompu a causé de graves blessures affectives.
Dès lors -prônent certains-, il convient que les chrétiens se terrent désormais
dans l’anonymat et choisissent de préférer les silences de la honte plutôt que
de continuer à brandir les vérités de leur religion, comme si l’évangélisation
était devenue indécente ou impossible. En attendant des jours meilleurs, il
faudrait donc pratiquer un renoncement pénitentiel.
Une fois de plus, c’est la sagesse du Christ dans l’Evangile
qui doit être « lumière sur notre route » de pensée et d’action. « Père,
pria Jésus, mes disciples qui ne sont pas du monde, je ne te demande pas de les
ôter du monde, mais de les garder du Mauvais. » Cf. Jn 17, 14-15.
Dès lors, prions, nous aussi, pour qu’il y ait des hommes et
des femmes – à commencer par les chrétiens- qui s’engagent à fond dans toutes
les strates de notre société, avec un véritable humanisme dans la tête, dans le
cœur et dans les mains. Qu’ils s’investissent et investissent dans les milieux
économiques afin que l’argent soit de plus en plus au service d’une prospérité
partagée en toute justice. Que les détenteurs des pouvoirs politiques et
culturels s’emploient à faire régner l’autorité de leur légitime influence
plutôt que la violence de leur empire. Que les personnes de toutes conditions,
dans le bel exercice de leur sexualité, donnent le témoignage d’un authentique
amour qui rende heureux les corps, les cœurs et les âmes.
Il ne s’agit pas de déserter, sous quelque prétexte que ce
soit ! Avec quelque pouvoir modéré, avec de l’argent bien gagné, sobrement
dépensé et largement partagé, avec une sexualité épanouie, on peut continuer
d’annoncer à notre monde les précieux mystères et les merveilleuses promesses de
la Bonne Nouvelle. Et donner envie d’y croire et de la mettre en pratique.
Avec un certain bonheur. Et même avec un bonheur certain.
Claude Ducarroz
Cette réflexion a paru sur le site cath.ch le 18 mars 2026
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